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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

Edward Hardwicke

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

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Edward Hardwicke as Sir Arthur Conan Doyle in TV movie Photographing Fairies (1997)
Edward Hardwicke as Dr. Watson in episode The Abbey Grange (1986)
Edward Hardwicke & Michael Dien (SSHF)

Edward Hardwicke (7 août 1932 - 16 mai 2011) est un comédien anglais qui a joué le docteur Watson dans la série Granada Sherlock Holmes avec Jeremy Brett de 1986 à 1994. Au théâtre, il a repris le rôle, toujours avec Jeremy Brett, pour la pièce The Secret of Sherlock Holmes en 1989. En 1968, Edward Hardwicke avait fait ses début dans l'univers holmésien en interprétant Davenport dans l'adaptation de The Greek Interpreter dans la série Sherlock Holmes avec Peter Cushing (Sherlock Holmes) et Nigel Stock (Watson). En 1997, il a joué le rôle de Sir Arthur Conan Doyle dans le film Photographing Fairies de Nick Willing avec Ben Kingsley et Clive Merrison.

Edward est le fils du comédien Cedric Hardwicke qui interpréta, lui, Sherlock Holmes à la radio dans The Speckled Band en 1945.

Edward Hardwicke avait une maison de campagne en France, en Normandie. Il a offert à la Société Sherlock Holmes de France (SSHF) la plaque en cuivre du docteur Watson (celle fixée sur la façade de sa maison dans un épisode de la série), cadeau de la Granada à la fin du tournage de la série. Elle est aujourd'hui conservée au Musée de la SSHF.



Adaptations holméso-doyliennes

TV


Theatre


Biographie

Une famille de comédiens

Tous en scène !

Edward Hardwicke est né le 7 août 1932 à Londres. Sa mère, Helena Pickard, brilla sur les scènes du West End et son père, Sir Cedric Hardwicke, un des plus grands et célèbres acteurs des débuts du parlant, fut anobli par George V dès l'âge de quarante et un ans. Cedric Hardwicke ne doutait pas que son fils suive ses traces, en dépit de la mise en garde inscrite par l'écrivain George Bernard Shaw sur son « livre de naissance » : Ne montez pas sur scène, Edward. Vous ne seriez jamais que le fils de votre père. Et de toute façon, c'est un métier précaire. En 1957, Edward Hardwicke épousa l'actrice Anne Iddon dont il eut deux filles, Kate et Emma. Cette dernière a joué le rôle de Dora, servante de Mrs Maberley, dans The Three Gables (Série Granada). Divorcé, Hardwicke se remaria en 1995 avec l'actrice Prim Cotton, dont la fille, Claire, est également comédienne.

Un héritage lourd à porter

Edward Hardwicke, figurant, a 23 ans dans The Men of Sherwood Forest (1954)

L'ombre écrasante d'un père illustre, star de Hollywood, pesa longtemps sur Edward Hardwicke, comme en témoigne cette déclaration à L'Independent: Quand je décrochais un engagement, j'avais toujours l'impression que tout le monde disait : « Oh, il n'est là que parce que son père est Cedric Hardwicke », et c'était un lourd, lourd fardeau pour moi. Finalement, j'ai réussi à m'en libérer. La réussite éclatante de son père aurait pu faire d'Edward, dont les débuts furent modestes, un artiste ombrageux, revendicateur et agressif. Il n'en fut rien, bien au contraire, comme en témoignent ces propos du metteur en scène d' On Approval, Duncan Weldon, en 1975 : Edward Hardwicke est un homme sans prétention, plutôt timide, c'est un plaisir de travailler avec lui. Il ne ressemble pas du tout à un acteur. Pas d'ego insatiable ni de caprices de vedette, en effet, chez le futur Docteur Watson…

Un début de carrière aussi discret que formateur

Des rôles secondaires...

Après avoir accompli son service militaire dans la Royal Air Force, Edward Hardwicke entre à la Royal Academy of Dramatic Art puis joue au Bristol Old Vic, à l'Oxford Playhouse et au Nottingham Playhouse. En 1964, il intègre le National Theatre dirigé par Laurence Olivier, où il travaillera sept ans. A cette époque de sa carrière, il joue des rôles de second plan, comme celui de Montano, gouverneur de Chypre, vaillant et loyal serviteur du Duc de Venise dans Othello. Et ce sont évidemment Laurence Olivier (Othello), Maggie Smith (Desdémone), Frank Finley (Iago) et Derek Jacobi (Cassio) qui accaparent l'attention du public et de la critique.

Mais une formation de premier ordre

S'il ne conquiert pas la gloire, Edward Hardwicke perfectionne son art sous la direction d'un grand maître qui l'entraîne régulièrement, par exemple, à reprendre au vol un rôle d'abord assumé par un autre acteur, dont il l'invite à analyser soigneusement le jeu. Mon Dieu, quelle chance nous avions, dit-il de ses collègues du National Theatre et de lui-même. Il a en effet l'occasion d'interpréter un répertoire varié et de grande qualité et joue entre autres Arthur Miller (The Crucible : Les Sorcières de Salem), Pirandello (The Rule of the Game), Ibsen (Solness, the Master Builder), Congreve (The Way of the World : Le Train du monde), Dostoïowski (The Idiot) et George Bernard Shaw (Mrs Warren's Profession). La critique le remarque dans A Flea in her Ear (La Puce à l'oreille) de Feydeau, dirigé par Jacques Charon, où il incarne Camille Chandebise : Geraldine McEwans et Edward Hardwicke sont particulièrement brillants (Michael Coveney, What's on stage). Il joue avec plusieurs des plus notables disciples de Laurence Olivier, tels Robert Stephens, Michael Gambon et Derek Jacobi, avec qui il partage par exemple l'affiche de The Royal Hunt of the Sun, de Peter Schaffner, et il se lie avec Albert Finney, Anthony Hopkins et Peter O'Toole. Hardwicke commence par ailleurs à apparaître à la télévision, entre autres dans The Greek Interpreter (1968), où il joue le rôle de Davenport aux côtés de Peter Cushing et de Nigel Stock et dans des séries et téléfilms divers comme Son of Man, où il incarne Judas l'Iscariote (vidéo). Un rôle bien différent de celui du loyal Docteur Watson ! Si les débuts d'Edward Hardwicke sont discrets, ils lui permettent toutefois d'acquérir, tout comme Jeremy Brett et Davis Burke, une très solide formation, et d'accumuler une somme considérable d'expériences variées.

Le tournant de Colditz

Un rôle enfin à la mesure du talent d'Hardwicke

Edward Hardwicke dans la série Colditz (1972-1974)

La remarquable série Colditz, diffusée entre 1972 et 1974, narre les tentatives d'évasion des officiers alliés emprisonnés par les Nazis dans la citadelle de Colditz, d'où fuir passait pour impossible. Ces aventures héroïques, évoquées sans recherche effrénée du spectaculaire ni manichéisme, conquirent le public. Dans cette série très porteuse, où jouaient des vedettes telles que Robert Wagner et David McCallum, Hardwicke se vit confier le rôle à la fois capital et très valorisant de Pat Grant, personnage inspiré du héros de guerre Pat Reid, dont les mémoires servirent de base au scénario et qui fut engagé comme consultant. Dans le premier épisode, Pat Grant et ses amis s'enfuient du camp de prisonniers de Laufen, mais sont repris et envoyés à Colditz. Là, ils s'évaderont de nouveau et parviendront à gagner la Suisse (épisode 15). Cette série immensément populaire (où apparaissent également Johanna David, la future Susan Cushing de The Cardboard Box et Anthony Valentine, Baron Gruner dans The Illustrious Client et, ici, officier sadique de la Luftwaffe) fut unanimement louée pour son réalisme, la qualité du jeu de ses acteurs ainsi que son analyse approfondie des caractères. Elle donnera une impulsion décisive à la carrière d'Edward Hardwicke, à qui la télévision britannique offrira dorénavant des rôles très nombreux, y compris dans des séries majeures (vidéo).

Une figure familière au public britannique

Edward Hardwicke dans la série Some Mothers Do 'Ave 'Em (1978)

Parmi les multiples apparitions d'Edward Hardwicke, qui firent de lui un acteur très connu du public britannique bien avant sa participation à la série Sherlock Holmes, on peut bien sûr citer des rôles du répertoire classique. Sur scène, en 1976, il fut Sir Robert Chiltern dans l'étincelante pièce d'Oscar Wilde, An Ideal Husband. A la télévision, il joua entre autres le rôle du fermier John Lodge dans The Withered Arm (1973), adapté d'une nouvelle de Thomas Hardy, celui du Prince de Galles dans la série The Pallisers (1974), tirée des nouvelles d'Anthony Trollope et située à l'ère victorienne, ainsi que celui de Marcus dans Titus Andronicus, diffusé par la BBC en 1985 (vidéo). A propos de sa prestation dans cette pièce de Shakespeare d'une violence effrénée, Jane Howell (Lear media) écrit : Il parvient à atteindre la démesure qui caractérise la plupart des autres acteurs du spectacle, mais il a aussi des moments de merveilleuse subtilité et conserve une respectabilité stoïque et digne. Sa performance pourrait fort bien être la meilleure du lot. Mais Hardwicke a aussi joué dans des séries de divertissement très populaires, comme la sitcom My Old Man, en 1975 (rôle d'Arthur, gendre du vieux et grincheux Sam Corbett), ou Crown Court, série judiciaire où le jury est constitué de spectateurs et qui a contribué à lancer de nombreux acteurs entre 1973 et 1975. On a vu le futur Watson dans des histoires policières contemporaines comme Thriller, Series 3 episode 6, The Next Scream You Hear (1976, rôle de Gifford) (vidéo), dans des farces à succès, telles Some Mothers Do 'Ave 'Em, où il incarne, au cours du dernier épisode (1978), un responsable du service de l'immigration australienne comiquement dépassé (vidéo) aussi bien que dans l'excellente série fantastique Supernatural (1977), récemment rééditée par le British Film Institute (vidéo, épisode : The Werewolf Reunion dans le rôle du Baron Joseph Von Haller). Edward Hardwicke a figuré dans un téléfilm récompensé par plusieurs prix, The Bunker (1981), aux côtés d'Anthony Hopkins (Hitler), de Michael Lonsdale (Bormann) et de Piper Laurie (Frau Goebbels). Il y incarne avec beaucoup de naturel et de calme autorité Dieter Stahl, chef du département munitions, que le ministre de l'armement, Albert Speer, essaie de convaincre de participer à son projet d'assassinat du Führer (vidéo). C'est donc un acteur chevronné et bien connu du public de la télévision anglaise que David Burke va présenter comme successeur à Michael Cox.

Pour une filmographie exhaustive d'Edward Hardwicke, voir le site web du Forum Jeremy Brett de Dyan Bretty.

Edward Hardwicke devient John Watson

Une transition réussie

Edward Hardwicke en Watson dans The Empty House (1986)

Hardwicke connaissait fort bien l'oeuvre de Conan Doyle. Il avait adoré l'adaptation par Granada de The Adventures of Sherlock Holmes, qu'il jugeait de très grande qualité. Lorsque David Burke quitta la série et lui proposa de le remplacer, l'idée le séduisit donc, mais il appréhendait de ne pas parvenir à se hisser au niveau de son prédécesseur. Plus tard, il déclara à Peter Haining : Vous comprenez, j'avais vu David jouer Watson et ma première réaction a été : Mon Dieu, c'est à ça que je vais devoir succéder? Contrairement à ses appréhensions, tout se passa pour le mieux, car Brett, dit-il, l'aida merveilleusement à s'approprier son nouveau rôle. La transition entre Les Aventures et Le Retour se fit si insensiblement, raconte Hardwicke, qu'un jour une maquilleuse l'appela David. Loin de s'en offusquer, l'acteur jubila, y voyant la preuve que la soudure entre les deux Watson était pratiquement invisible. Certains spectateurs, d'ailleurs, ne s'aperçurent même pas du changement d'acteurs qui s'était opéré entre The Final Problem et The Empty House.

La naissance d'une belle amitié

Edward Hardwicke et Jeremy Brett dans The Three Gables (1994)

Edward Hardwicke et Jeremy Brett avaient tous deux travaillé pour le National Theatre mais, appartenant à deux groupes différents, ils n'avaient jamais eu l'occasion de jouer ensemble. Pourtant, leur entente fut aussi immédiate qu'elle devait s'avérer profonde et solide. En effet, Hardwicke soutint Brett avec constance tout au long de ses épreuves et ne manqua jamais une occasion d'honorer sa mémoire après son décès. Tous deux s'admiraient mutuellement en tant qu'acteurs. Brett considérait Hardwicke comme un brillant comédien et Hardwicke était fasciné par le brio avec lequel Brett animait l'équipe ainsi que par son esprit de recherche et son audace. Lui-même acteur consommé, il savait comprendre les trouvailles les plus subtiles de son ami, expliquant par exemple que la théâtralité de son jeu visait à restituer celle des acteurs de l'époque victorienne, où n'existaient ni micro, ni éclairage satisfaisant. Mais les deux partenaires s'appréciaient aussi profondément en tant qu'hommes. Pour Brett, Hardwicke était un parfait gentleman et un être d'une sensibilité rare tandis que pour Hardwicke, Brett était un anticonformiste hardi et stimulant dont il admirait la conduite flamboyante. En réalité, ils étaient à la fois semblables par leur passion du métier ainsi que leur sens de l'humour, et parfaitement complémentaires par leurs caractères. Tout comme Holmes et Watson, selon Peter Haining qui, évoquant un dîner avec les deux acteurs, écrit dans The Television Sherlock Holmes : Ils semblaient tout autant Holmes et Watson dans la vie qu'à l'écran. Et de fait, dans leur cas, la réalité rejoint la fiction et la rend extraordinairement convaincante et touchante. Leur relation de confiance et l'alchimie qui s'opère entre eux rejaillissent sur leur jeu, par exemple dans la scène des Six Napoléons où Holmes et Watson, surprenant Lestrade occupé à consulter subrepticement un dossier du détective, s'adressent des sourires amusés et complices puis, d'un commun accord, font mine de ne s'être aperçus de rien devant l'Inspecteur.

Un Watson unanimement célébré

Edward Hardwicke et Jeremy Brett

Edward Hardwicke incarnera Watson durant huit ans : à la télévision dans The Return of Sherlock Holmes (1986-1988), The Sign of Four (1987), The Hound of the Baskervilles (1988), The Case-Book of Sherlock Holmes (1991), The Master Blackmailer, The Last Vampyre, The Eligible Bachelor (1992-1993) et The Memoirs of Sherlock Holmes (1994), et sur scène, de 1988 à 1989, dans The Secret of Sherlock Holmes de Jeremy Paul.

Son interprétation télévisée lui valut des louanges chaleureuses et unanimes : Edward Hardwicke est un parfait Watson, écrivit Dame Jean Conan Doyle à Michael Cox en 1991. Et c'était un parfait Watson en effet : intelligent, efficace, solide, posé, humain, prévenant, compréhensif mais capable de défendre fermement son point de vue. En résumé, le parfait contrepoint et le compagnon idéal pour Holmes. Certains critiques trouvèrent qu'il paraissait plus âgé et plus grave que son prédécesseur et dirent qu'il était, en fait, l'homme que Watson aurait pu devenir après trois mornes années de deuil. Mais Edward Hardwicke, n'ayant rien d'un bonnet de nuit et peu désireux de passer pour tel, prit soin de souligner que, durant les tournages, l'ambiance de travail était joyeuse et que partout où était Jeremy, même malade, la bonne humeur, la cordialité et les rires étaient présents avec lui. Il fit surtout observer que deux hommes associés dans un travail éprouvant, comme Holmes et le bon Docteur, ont besoin de beaucoup rire ensemble et qu'il s'était efforcé de le faire percevoir dans les films. Et de fait, son Watson, s'il est réfléchi, correct et retenu, est souvent aussi très drôle, par exemple dans la scène de The Empty House où, coiffé d'un fez, il se délecte d'exposer à Holmes, heureux et détendu, les mobiles du crime de Moran. Comme Burke, Hardwicke avait le sentiment d'avoir peu à dire et à faire et de disparaître dans son costume, mais il le supporta avec moins d'impatience. D'ailleurs, au fur et à mesure que les forces de Brett déclinaient, on transféra à Watson une fraction de l'énorme texte de Holmes et surtout une large part de son travail physique. Progressivement, l'importance du Docteur s'accrut dans les épisodes. Mais à aucun moment le Watson d'Edward Hardwicke ne fut perçu comme quantité négligeable, bien au contraire. Jeremy Brett, écrit Simon Callow, avec ses traits réguliers que rendait frappants un nez brisé et sa voix mélodieuse que rendait attachante un léger problème d'élocution, présentait un Holmes ravagé et romantique dont la relation au Watson manifestement fiable d'Edward Hardwicke était celle d'un naufragé se raccrochant à un radeau.

Holmes et Watson sur les planches

Edward Hardwicke et Jeremy Brett dans The Secret of Sherlock Holmes (1988-1989)

The Secret of Sherlock Holmes, pièce écrite par Jeremy Paul à la demande de Jeremy Brett, fut représenté pendant un an sur la scène du Wyndham's Theatre (Londres), puis en tournée pendant onze semaines supplémentaires. Le public fan de la série fut envoûté par le spectacle. Brett grandissait et s'épanouissait sur scène comme un génie libéré de sa bouteille (Michael Cox) et Hardwicke ne lui cédait guère en présence. Quant aux critiques, ils ne furent guère enthousiasmés par la pièce, l'intrigue ne comportant aucune énigme à résoudre, mais ils jugèrent remarquable la prestation des deux acteurs. Ainsi, Peter Kemp (The Independent) écrivit : Le seul plaisir solide dans ce spectacle exigu - à peine plus d'une heure - est le jeu des acteurs. Brett transfère avec succès son Holmes pâle et neurasthénique de l'écran à la scène (...). L'incarnation de Watson par Edward Hardwicke semble si parfaitement authentique qu'elle donne le sentiment que même le regard de faucon de Holmes ne pourrait y déceler quoi que ce soit de faux. Si The Secret of Sherlock Holmes confirma brillamment les talents d'acteur d'Edward Hardwicke, il prouva de manière tout aussi irréfutable la qualité de son amitié envers Jeremy Brett. En effet, le désordre bipolaire de ce dernier s'aggravant, il se mit à introduire dans la pièce des digressions shakespeariennes qui n'y avaient que faire et à jouer comme s'il était constamment sous l'empire de la cocaïne. Hardwicke l'ayant mis en garde contre ces dangereuses dérives, Brett réagit fort mal : il s'imagina que son partenaire et ami le rejetait et ne voulait plus jouer avec lui. Loin de perdre patience, Hardwicke lui écrivit une lettre d'explications de vingt pages qui lui prit toute la nuit mais dissipa le malentendu. Plus tard il déclara, sans la moindre ombre de ressentiment : J'aimais énormément Jeremy et je lui dois beaucoup. Il m'a persuadé de jouer la pièce et ça a changé ma vie. J'ai pu acheter ma maison en France avec mes gains. J'ai appelé l'endroit Wyndham's. J'avais terriblement envie qu'il vienne nous voir ici, mais malheureusement, il n'a jamais pu. Il aurait adoré, si j'avais réussi à le faire venir.

Après la série Sherlock Holmes ou la seconde vie du bon Docteur

Retour à des rôles modestes

Edward Hardwicke dans la série Inspecteur Wexford (1997)

Moins écrasé par son rôle que Brett et surtout en bien meilleure condition, Hardwicke avait continué à jouer en dehors de la série Sherlock Holmes au temps même de sa diffusion. En 1992, par exemple, il incarna Kinloch dans un épisode de la série télévisée Lovejoy et en 1993, Warnie, frère de Clive Staples Lewis, universitaire et auteur des Chroniques de Narnia, dans le beau film de Richard Attenborough, Shadowlands (Les Ombres du coeur, vidéo). La série Sherlock Holmes clôturée, Brett ayant été contraint par son état de santé à rompre son contrat, le bon Docteur Hardwicke poursuivit sa carrière. On aimerait que sa remarquable interprétation de Watson lui ait valu par la suite de grands rôles, mais force est de constater qu'il dut se contenter, en règle générale, d'incarner des personnages d'importance secondaire, comme Henry FitzAlan, Comte d'Arundel, dans Elizabeth de Shekar Kapur (1998), Mr Wickfield dans l'adaptation télévisée de David Copperfield (2000) ou Mr Wood dans The Gathering Storm (2002), où deux autres disciples de Laurence Olivier, Albert Finney et Derek Jacobi, jouent, eux, respectivement Winston Churchill et Lord Baldwin. Peut-être en raison de son apparence calme et débonnaire, ou parce que le personnage de Watson lui collait à la peau, il semble qu'on l'ait cantonné dans le rôle d'homme sensé, honnête et bon, qui correspondait d'ailleurs à sa personnalité. Mais peut-être aurait-il aimé être parfois, à l'écran, une formidable, fascinante et inoubliable crapule comme l'infâme Richard III. Toutefois, le film Photographing Fairies (vidéo), basé sur le roman de Steve Szilagyi, lui a permis de jouer le rôle flatteur du grand Arthur Conan Doyle, et l'adaptation d' Oliver Twist par Roman Polanski lui a offert le rôle sinon prééminent, du moins important, du bon Mr Brownlow, bienfaiteur d'Oliver (vidéo).

Une valeur pourtant reconnue

Edward Hardwicke dans Oliver Twist (2005)

Bien évidemment, dans Shadowlands (1993) ou Photographing Fairies (1997), ce sont les protagonistes de l'histoire d'amour tragique et déchirante qui monopolisent l'attention et dans Richard III en 1995 (vidéo), c'est vers le roi machiavélique, cynique, cruel et pervers joué par Ian McKellen que convergent tous les regards (On note la présence dans le film de Robert Downey Junior, qui joue le rôle de Rivers). Mais si Edward Hardwicke n'occupe pas le devant de la scène, ses prestations impeccables ne lui valent que des éloges. Joan Ellis écrit au sujet de son interprétation de Warnie dans Shadowlands : Si la vulnérabilité courageuse d'Anthony Hopkins domine l'écran, Edward Harwicke est son égal dans le rôle du frère de Lewis, Warnie. Totalement réservé par nature et par éducation, son interprétation subtile et profondément touchante donne l'image d'un homme qui aime son frère sans porter de jugement, et Rita Kempley, du Washington Post, parle de la belle interprétation d'Edward Hardwicke. Le rôle du créateur de Sherlock Holmes (Photographing Fairies) vaut à l'acteur des critiques très positives : Edward Hardwicke incarne excellemment Sir Arthur Conan Doyle (Britmovie.co.uk), tout comme celui de Mr Brownlow (Oliver Twist en 2006, vidéo) : Edward Hardwicke est parfaitement crédible dans le rôle du protecteur d'Olivier, le paternel Mr Brownlow (New-York Sun). Si l'ancien Docteur Watson n'est pas devenu une star de première grandeur et encore moins un « monstre sacré », il est respecté et apprécié de tous.

Une vie professionnelle pleine d'intérêt

Edward Hardwicke présentant le livre de la SSHF "Sur la piste de Conan Doyle dans le Devon" (2010)

En outre, les films et séries auxquels Hardwicke participe vers la fin de sa carrière sont souvent de grande qualité. Shadowlands, où il joue aux côtés de son ami Anthony Hopkins, a été très bien reçu par le public et la critique. Photographing Fairies (où figure aussi Ben Kingsley) n'est pas seulement une belle et tragique histoire d'amour, mais une analyse des motifs très humains et très touchants qui ont pu pousser Conan Doyle aussi bien que Charles, le jeune photographe dont l'épouse est morte dans un accident de montagne durant leur lune de miel, à croire en l'existence des fées et d'un monde surnaturel où retrouver les êtres aimés disparus. L'audacieuse version filmée de Richard III (1995) basée sur la version théâtrale de Richard Eyre pour le National Theatre, où le texte de Shakespeare est conservé mais où l'action, située dans les années 30, symbolise l'ascension d'Hitler, a bénéficié d'excellentes critiques. De plus, Hardwicke s'y est trouvé en excellente compagnie, Richard III étant incarné par Ian McKellen, la Duchesse d'York par Maggie Smith et l'Archevêque par... Roger Hammond (Jabez Wilson dans The Red-Headed League). Dans l'adaptation du grand classique qu'est Oliver Twist, Edward Hardwicke a pu tourner sous la direction de Roman Polanski et encore une fois aux côtés de Ben Kingsley (Fagin). Loin d'être uniquement voué aux oeuvres classiques, il a joué en 2010 dans un épisode d'une série à succès, hardie, novatrice et récompensée par de nombreux prix, Shameless (2004-2013, vidéo), qui peint sans fard la vie d'une famille misérable, marginalisée et totalement amorale de Manchester. Hardwicke y incarne Reggie, un vétéran de la seconde guerre mondiale, veuf, malade et esseulé, qui se lie d'amitié avec un garçonnet négligé par sa famille, Liam. La famille de l'enfant soupçonne bien à tort Reggie de pédophilie, mais le vétéran meurt avant qu'elle ait pu s'en prendre à lui. Une mort qui, préfigurant celle de l'acteur l'année suivante, ne peut que serrer le coeur.

La carrière d'Edward Hardwicke, après son succès éclatant et pleinement mérité dans la série Sherlock Holmes, ne l'a certes pas hissé au sommet de la gloire et il n'a obtenu ni les rôles ni la notoriété de ses contemporains Albert Finney, Ben Kingsley ou Anthony Hopkins. Mais Hardwicke a été et reste unanimement reconnu comme une valeur parfaitement sûre en tant qu'acteur. Et, ce qui n'est ni moins méritoire ni moins admirable, en tant qu'homme d'une modestie, d'une délicatesse et d'une bonté rares.



  • Copyright et remerciements : Textes de Monique Claisse. Photos : Sarah Fava.



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