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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

A French View of Conan Doyle

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

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A French View of Conan Doyle is an interview of Arthur Conan Doyle written as an article by Jean Dorsenne first published in Les Nouvelles Littéraires on 12 september 1925, and translated from french in The Living Age on 28 november 1925.



Editions


Sir Arthur Conan Doyle (FR)

Les Nouvelles Littéraires (12 september 1925)

Après le Congrès International Spirite

Sir Arthur Conan Doyle

La petite salle des Sociétés Savantes, si calme, si tranquille, où d'ordinaire un malheureux conférencier s'essaie à l'éloquence devant trois auditeurs endormis, regorgeait dimanche soir d'une foule bariolée inusitée. Des Russes y coudoyaient des Argentins, des nègres voisinaient avec des Hindous, des Allemands causaient avec des Anglais : on se serait cru à Babel, ou, si vous préférez une comparaison plus moderne, à Genève, au palais de la Société des Nations.

Mais ce public, qui se pressait en si grand nombre, ne se composait point de diplomates. Il ne s'agissait pas de remanier la carte de l'Europe ou de discuter sur le pacte de garantie. Des questions d'un ordre encore plus élevé devaient être agitées : les spirites du monde entier tenaient, en effet, leur Congrès...

Il y avait sans doute beaucoup d'initiés spirites : hommes aux barbes de fleuve et aux cheveux soigueusement ondulés, tombant sur les épaules ; femmes aux yeux glauques inquiétants et aux cheveux coupés ras.

Mais il y avait aussi beaucoup de profanes attirés par l'attrait du mystère. Et dans cette petite salle où l'on s'entassait les uns sur les autres, on parlait de raps, de peresprit, d'ectoplasme et de poltergeist, tandis qu'à la porte, les infortunés n'ayant pu pénétrer dans le sanctuaire manifestaient bruyamment leur chagrin.

Voici que paraît sur l'estrade un bon géant à la carrure d'athlète. Une moustache blanche barre son visage sanguin d'homme de sport, mais deux yeux bleus, d'une limpidité céleste, illuminent cette physionomie robuste comme deux flaques d'azur au milieu de la brume.

Ainsi que par enchantement, le brouhaha s'apaise. Le bon géant s'exprime péniblement, avec un fort accent britannique. Il affirme sa foi en la survie, il prêche avec fougue « la nouvelle révélation ». Il invite les spectateurs à lutter contre le matérialisme et à soutenir jusqu'au bout le bon combat que l'humanité mène depuis toujours contre les maux dont elle souffre.

Malgré ses difficultés d'élocution, malgré son français incorrect, l'orateur attire à soi tout l'auditoire.

Cet homme, dont la puissance de conviction est telle qu'elle rayonne autour de lui comme la lumière autour d'un phare, c'est sir Arthur Conan Doyle.

Conan Doyle ! Vous savez bien : l'auteur de Sherlock Holmes ! Quelqu'un ignore-t-il les aventures du fameux détective dont les facultés de déduction sont telles, qu'il réussit toujours à démêler les mystères les plus obscurs ?

On ne peut prononcer le nom de Conan Doyle sans penser aussitôt à Sherlock Holmes, ce dont enrage l'écrivain. Car si Sherlock Holmes obtint un succès universel, ce n'est pourtant pas le meilleur roman de Conan Doyle. Le gros public aime Sherlock Holmes, mais les lettrés apprécient un Duo.

Et peut-on oublier que dans les Exploits du colonel Gérard, l'écrivain anglais a brodé sur le thème de l'épopée napoléonienne une arabesque d'une fantaisie endiablée et peint un caractère de troupier français chevaleresque, téméraire, galant et franc luron qui semble sorti d'un dessin de Raffet ?

L'homme qui, par sa mentalité et ses écrits antérieurs, semblait le moins prédisposé à croire au spiritisme, en devient le plus éloquent porte-parole. N'y a-t-il pas là un singulier phénomène ? C'est pour l'éclaircir que nous avons prié le grand écrivain anglais de nous exposer la genèse de son évolution.

- Lorsque j'eus terminé mes études de médecine, en 1882, nous dit-il, j'étais un matérialiste convaincu. Quand la bougie est consumée, pensais-je, la lumière s'éteint. J'étais convaincu que la mort mettait fin à tout. Tel était mon état d'esprit quand les phénomènes spirites attirèrent mon attention.

- Vous êtes donc parti d'un matérialisme absolu?

- Je dois dire que les matérialistes se laisseront plus facilement convaincre par les idées spirites que les sectateurs d'une religion quelconque. Nulle doctrine antérieure ne trouble, en effet, l'esprit des matérialistes, tandis que les catholiques ou les protestants, par exemple, ont l'esprit faussé par des explications erronées.

- A quelles opinions la constatation de ces phénomènes supranormaux vous a-t-elle conduit et pouvez-vous concilier vos croyances avec la religion chrétienne ?

- Les diverses expériences auxquelles j'ai procédé m'ont amené à penser, sans aucune espèce de doute, que l'âme survivait au corps. C'est pourquoi nous autres spirites, croyant à un châtiment dans l'au-delà des mauvaises actions commises sur la terre, nous avons conscience de notre responsabilité. Le sens moral n'est-il pas à la base de toutes les bonnes actions ? Le matérialisme est le plus grand fléau qui puisse s'abattre sur la société. C'est parce que le matérialisme, avec toutes ses corruptions, régnait sur le monde que la guerre éclata en 1914. La secousse de la guerre fut destinée à éveiller en nous la ferveur intellectuelle et morale. Je ne suis nullement l'ennemi des religions en général et du christianisme en particulier, au contraire. Il est possible de proposer une interprétation de la vie du Christ s'accordant strictement avec les connaissances psychiques les plus modernes. Le Christ n'était-il pas doué d'un intense pouvoir psychique ? Le docteur Wallon, dans son livre Jésus de Nazareth, a montré que l'endroit de la Transfiguration, le sommet d'une colline, était la place rêvée pour une manifestation de ce genre, et que l'état de somnolence des apôtres rappelait celui de toutes les personnes d'un groupe qui contribuent au pouvoir psychique. Nul plus que moi n'admire la vie du Christ avec les exemples qu'elle offre de constante charité, de largeur d'esprit, d'abnégation, de courage et de tendance au progrès. Mais ne vous apercevez-vous pas vous-même que les religions, aujourd'hui, sont étriquées, qu'elles s'attachent à des formules vides et que leur puissance décroît parce qu'elles restent dans le passé ? Le christianisme fléchit et ce fléchissement a été rendu éclatant à tous les yeux par la terrible catastrophe déchaînée sur le monde. Or, quand la religion meurt, le matérialisme devient plus actif. Je suis persuadé que le spiritisme, ou mieux le spiritualisme, pourrait vivifier le christianisme affaibli.

- Pourquoi, vous préoccupant uniquement de spiritualisme, étudiez-vous des manifestations quasi-matérielles, comme les productions ectoplasmiques, par exemple ?

- Ce sont les savants metapsychistes qui s'occupent surtout de ces questions. J'estime, moi, qu'elles jouent un rôle accessoire. Les divers phénomènes que vous connaissez : matérialisations, lévitations, écriture automatique, etc., sont uniquement des signaux pour attirer notre attention. La sonnerie du téléphone n'est pas le téléphone lui-même, c'est la communication qui est essentielle. Faire consister le spiritisme dans les tables tournantes, c'est une puérilité. Tous ces phénomènes, néanmoins, présentent leur importance puisqu'ils constituent des faits prouvant la réalité de l'existence de la pensée. Notre croyance n'est pas basée sur une question de foi, elle s'appuie sur des faits. Ce n'est pas une question d'opinion que les morts vivent. Je le sais.

- Chez quel peuple croyez-vous que le spiritualisme fera le plus de progrès ?

- Chez les Français, certainement. Vous avez toujours été, jusqu'à présent, le peuple porte-flambeau. Comment, d'ailleurs, en serait-il autrement ? La France doit forcément être spiritualiste, puisque c'est un grand médium, Jeanne d'Arc, qui l'a autrefois sauvée... »

Les paroles de sir Conan Doyle sont nettes et catégoriques. Elles sont troublantes. Ce colosse, aux épaules carrées, à la mâchoire solide, au regard franc, n'appartient point à la catégorie des mystiques ou des songe-creux repus de chimères. C'est un homme qui raisonne de sang-froid et qui, très posément, nous déclare:

- Pour moi, je n'ai absolument aucun doute. J'ai vu aussi clairement que dans la vie les fantômes de mon fils et de ma mère. Aussi ai-je décidé, d'accord avec ma femme, de consacrer désormais toute mon activité intellectuelle à lutter contre le matérialisme et à jeter une radieuse clarté sur le mystère de la vie, et de la mort. Mes travaux littéraires sont terminés. Je n'écrirai plus d'oeuvres d'imagination. »

Quel exemple ! Ce romancier illustre qui abandonne toute idée de gloire ou de fortune pour se vouer à l'apostolat de la révélation spirite !

Sommes-nous aujourd'hui, éclairés par les timides rayons d'une aurore nouvelle ? L'importance du Congrès spirite qui s'est tenu la semaine dernière à Paris, est un signe caractéristique des temps. Les âmes aspirent à la solution du grand mystère. On ne raille plus les spirites et l'on commence à se rendre compte que la croyance à la survivance de la flamme animique ne résulte pas d'une illumination surnaturelle, mais, au contraire, qu'elle est basée sur la constatation parfaitement scientifique d'une série de faits purement matériels.

Jean Dorsenne


A French View of Conan Doyle (UK)

The Living Age (28 november 1925, p. 467)
The Living Age (28 november 1925, p. 468)
The Living Age (28 november 1925, p. 469)

A French View of Conan Doyle (1)
by Jean Dorsenne


The calm and tranquil little lecture-room of the Sociétés Savantes, where some unlucky lecturer is usually striving to be eloquent for the benefit of three soundly sleeping auditors, was crowded last Sunday evening with a variegated throng of exceptional numbers. Russians elbowed Argentines, Negroes sat side by side with Hindus, Germans chatted with Englishmen. You might have thought yourself in the Tower of Babel, or, if you prefer a more modern comparison, at Geneva in the hall of the League of Nations. But the public that came in such great numbers was not made up of diplomats. Here was no question of carving up the map of Europe or of discussing the Security Pact. Questions of a still more elevated order were under discussion. The spiritualists of the whole world were holding congress.

There were, doubtless, some who had already been initiated into the spirit realm — men with flowing beards and carefully barbered locks that undulated to their shoulders, women with greenish, disquieting eyes and close-clipped hair; but there were also a good many outsiders drawn by the allure of the mysterious, and in this little hall packed with people there was indeed much talk of raps and peresprit, of ectoplasm and poltergeists, while at the door those unfortunate souls who had been unable to penetrate the sanctuary voiced their disappointment noisily.

Upon the platform now stepped a good-natured giant with the build of an athlete. A white moustache crossed his ruddy sportsman's visage, but two blue eyes as limpid as the heavens illumined that robust physiognomy like two bits of azure seen through a fog. As if by magic the tumult stopped, and the good giant began to express himself in painful French with a very British accent. He affirmed his faith in survival; he vigorously preached 'the new revelation'; he exhorted the spectators to struggle against materialism and to fight to the end the good fight that humanity has always been carrying on against the ills from which it has suffered. In spite of the difficulties of his speech, in spite of his incorrect French, the orator caught and held his audience. This man, whose strength of conviction radiated from him as a gleam from a lighthouse, was Sir Arthur Conan Doyle.

Conan Doyle! You know, of course: the author of Sherlock Holmes. Who does not know that famous detective whose faculties of deduction enabled him to unravel the most obscure mysteries? Nobody can pronounce the name of Conan Doyle without thinking instantly of Sherlock Holmes — which must infuriate the writer, for though Sherlock Holmes has obtained universal success it is not Conan Doyle's best novel. Who can forget that in his Adventures of Colonel Girard the English writer has embroidered upon the epic material of the Napoleonic period an arabesque of incredible fantasy, and has painted the character of a French cavalryman, bold, chivalrous, gallant, a free-spirited jolly fellow who seems to have sprung out of a drawing by Raffet?

Here is a man who, to judge from his mentality and his previous writings, seems scarcely inclined to believe in spiritualism. Yet he has become its most eloquent spokesman. Is not this a remarkable phenomenon? It was to clear up the mystery that I besought the great English writer to explain the beginning of his interest in spiritualism.

'When I finished my medical studies in 1882,' he told me, 'I was a convinced materialist. I thought that when the candle is burned out the light is gone. I was convinced that death is the end of everything. That was my way of thinking when spiritualist phenomena attracted my attention.'

'You began by being an out-and-out materialist?' I asked.

'I ought to say,' he replied, 'that materialists let themselves be convinced more easily by spiritualist ideas than the adherents of any religion. You see, no previous doctrine troubles the materialist mind, whereas the minds of Catholics and Protestants, for example, have been given the wrong slant by erroneous explanations.'

'And what opinion did the verification of these supernormal phenomena suggest to you? Can you reconcile your beliefs with those of the Christian religion?'

'The various experiments that I carried out led me to believe beyond any shadow of doubt that the soul survives the body. That is why we who are spiritualists, and believe in a punishment hereafter for the evil actions committed upon earth, have a sense of responsibility. Is not the moral sense at the base of all good actions? Materialism is the greatest scourge that can afflict a society. It is because materialism, with all its corruptions, reigned upon the earth, that the war broke out in 1914. The shock of the war was destined to waken in us an intellectual arid moral fervor.

'I am by no means an enemy of religion in general or of Christianity in particular. Quite the reverse. It is possible to find an interpretation of the life of Christ that is in strict agreement with the most modern psychical knowledge. Was not Christ Himself endowed with an intense psychic power? Doctor Wallon, in his book, Jesus of Nazareth, has shown that the place of the Transfiguration, the summit of a hill, was an ideal place for a manifestation of this sort, and that the somnolent condition of the Apostles recalls that of all persons in a group who contribute to psychic power. No man admires the life of Christ more than I, with the examples that it offers of constant charity, largeness of spirit, self-abnegation, courage, and effort toward progress. But don't you see yourself that religions to-day are worn out, that they attach themselves to empty formulas, and that their power is declining because they depend wholly upon the past?

'Christianity is wavering, and that process has been forced on the attention of all by the terrible catastrophe that was unloosed upon the earth. Now, when religion dies, materialism becomes more active. I am convinced that spiritism, or, to put it more accurately, spiritualism, can pour new life into an enfeebled Christianity.'

'Since you are wholly occupied by spiritualism, why are you studying such quasi-material manifestations as ectoplasm, for example?' I asked.

'It is the metempsychosists who principally concern themselves with these things. For my part I believe that they play an ancillary rôle. The various phenomena that you know about — materializations, levitation, automatic writing, and the rest of them — are nothing but signals to catch your attention. The ringing of a telephone bell is not the telephone itself. The communication is the main thing. To make spiritualism consist of whirling tables is childish. All these phenomena have, nevertheless, an importance of their own because they are facts that prove the real existence of thought. Our belief is not a matter of faith; it rests on facts. It is not a matter of opinion whether the dead live or not; I know they do.'

'Among what people do you think spiritualism is making the most progress?'

'Among the French, certainly. Hitherto you have always been the people who have borne the torch. How should it be otherwise now? France has to be spiritualist because it was a great medium, Joan of Arc, who saved her in the old days.'

Sir Conan Doyle's words are sharp and categorical. They are disturbing. This colossus with the square shoulders, the solid jaw, and the open glance does not belong in the category of mystics or of those visionaries whose minds are stuffed with chimeras. He is a man who reasons in cold blood, and who tells us very sedately: 'I have, for my own part, no doubt at all. I saw the spirits of my son and my mother as clearly as I saw them in life. Then I agreed with my wife to devote all my intellectual activity henceforward to the struggle against materialism, to throwing a beam of radiant light upon the mystery of life and death. My literary work is done. I shall write no more works of the imagination.'

What an example! An illustrious novelist who gives up all idea of further fame and fortune to take upon himself the apostolate of spiritist revelation!


1. From Les Nouvelles Littéraires (Paris literary weekly), September 12





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