A la manière de Conan Doyle

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A la manière de Conan Doyle (In the style of Conan Doyle) is a French Sherlock Holmes pastiche written by Simon Arbellot published in Le Figaro (Year 106 No. 55) on 24 february 1931.


A la manière de Conan Doyle

A la manière de Conan Doyle
(Le Figaro, 24 february 1931, p. 1)

- En quittant Baker Street pour une huitaine de jours je m'étais bien promis, mon cher Watson, de ne pas jeter les yeux sur les journaux et d'oublier momentanément mes vieux amis les criminels. Patatras !...

- Je vous vois venir, Sherlock Holmes, mais tout de suite je vous préviens que notre court séjour à Paris, sous la protection de votre incognito, doit être consacré à la visite de certaines collections qui vous intéressent, non le la recherche des mauvais garçons.

Sherlock Holmes s'était levé et, collant son front à la fenêtre d'où la place Vendôme apparaissait scintillante sous les feux des lampadaires, se mit à jouer du tambour sur les vitres avec une extrême nervosité. Watson connaissait les manières brusques de son ami ; il bourra sa pipe de ce blond tabac d'Arcadie qu'il affectionnait et tendit sa blague à Sherlock Holmes.

- Excusez-moi Watson, mais vous savez que j'ai la manie de m'occuper de ce qui ne me regarde pas, et je puis ajouter sans me flatter, pour la plus grande satisfaction de Scotland Yard. Un doigt de wisky ? Lisez-vous, Watson, les comptes rendus de cet étrange tribunal d'inquisition que les Français appellent la commission d'enquête ? Il y a là, parmi tant d'autres, un homme étonnant dont les questions mordantes font à chaque pas suinter le plystère, un de ces hommes qui mieux que les plus habiles juges d'instruction excellent à faire surgir la vérité là où on ne l'attend pas, un de ces limiers enfin comme il en aurait fallu chez nous au moment de l'affaire des cinq pépins d'orange d'Aldershot. Voilà ce que ce diabolique inquisiteur vient en effet de révéler : Il y avait une fois au Palais de Justice lin avocat-général, personnage important et considéré, dont la mission consistait à contrôler la section financière et à poursuivre les fripons. Or, nous apprenons coup sur coup que ce dernier a trouvé une mort mystérieuse dans la voiture d'un individu qu'il était précisément chargé de poursuivre et avec lequel il se rendait, pour faire bombance, dans un château de la banlieue de Paris.

- Passionnant, s'écria Watson. Rien ne manque au scénario : une automobile, un accident, un château, une mort mystérieuse. Ce sera pour vous un jeu d'enfant.

Sherlock Holmes avait retrouvé cette impassibilité d'Indien que son compagnon lui connaissait bien. Un nuage de fumée estompait son maigre visage où brillaient ses yeux d'aigle.

- Plus difficile que vous ne pensez, Watson, le Palais de justice n'ayant pas pour habitude de livrer ainsi ses secrets...

A ce moment une vitre vola en éclats. Sherlock Holmes bondit à la fenêtre, tandis qu'une pierre lancée d'une main sûre venait rouler devant la cheminée. Un chiffon de papier y était attaché, comme de juste.

- Bien joué, Watson, quel est ce mystérieux avertissement ?

Et le fidèle ami du détective lut ces mots :

« Inutile d'insister, vous perdez votre temps, et souvenez-vous qu'il ne faut jamais parler de « corde » dans la maison d'un pendu. »


Simon Arbellot