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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

Chronique de la Quinzaine

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Chronique de la Quinzaine (Fortnight Chronic) is a French Sherlock Holmes pastiche written by François Beuscher published in L'Afrique du Nord illustrée (No. 105) on 28 november 1908.

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Chronique de la Quinzaine

Chronique de la Quinzaine
(L'Afrique du Nord illustrée, 12 december 1908, p. 5)

Douze spahis, tenant en mains douze chevaux, attendaient, impassibles, devant la grille du Palais d'Hiver, que le chef de la maison militaire du Gouverneur général ait fini de sceller les douze lettres urgentes que venait de lui dicter M. Jonnart.

Grave et correct, l'officier parut, distribua les missives aux cavaliers et, dans un envol de pourpre, le peloton s'égailla et disparut. Or, cette nuit-là, le chef de la sûreté, celui de la police municipale, le procureur de la République, le colonel de gendarmerie, les commissaires de quartier dormirent peu et mal. Car, rentrant au logis, ils avaient trouvé un avis mystérieux leur enjoignant de se présenter le lendemain au Palais d'Hiver, à la huitième heure du jour.

Raides comme la justice qu'ils représentaient, agitant, en a parte, mille pensées inquiètes, ces utiles défenseurs de la société se trouvèrent, l'heure dite, au rendez-vous. Ils furent, sans tarder, reçus par le chef de l'administration algérienne qui, après les avoir dénombrés, les harangua en ces termes :

- Messieurs, je ne vous apprends rien en affirmant que vous êtes actuellement la risée des 4 millions 500,000 habitants établis en Algérie (pour ne parler que de ceux-là).

Depuis quelques mois, votre insuffisance, déjà passablement notoire, croît en raison directe de l'audace des malfaiteurs qui vous « font la barbe» avec une facilité humiliante. Il ne se passe plus de jour, sans qu'au nez de ceux d'entre vous qui passent pour être de fins limiers, les attentats les plus monstrueux, les expéditions les plus hardies s'accomplissent.

Hier encore, en plein midi, une jeune et sémillante modiste, ex-première de la maison Machin, a pu subir les derniers outrages, auprès de la statue du maréchal Bugeaud, sans attirer l'attention de la garde qui veille aux barrières du XIXe Corps d'Armée. En vérité, le jour n'est pas éloigné où l'on pourra, sans risques, cambrioler les commissariats et essayer le coup du Père-François (la Fureur) sur l'honorable procureur de la République.

Messieurs, il n'est que temps de mettre un terme à cet état de choses si nous ne voulons pas être débordés par l'armée du crime. J'ai fait personnellement tout ce que je devais pour essayer de vous réhabiliter aux yeux des citoyens. J'ai su me souvenir que l'Empire avait, à son déclin, détourné des scandales officiels l'opinion publique en montant de toutes pièces la dramatique affaire Troppman.

A l'aide de la Dépêche AIgérienne et de l'Afrique du Nord Illustrée, j'ai donc créé cette magnifique affaire Marcor qui, pendant huit jours, servit de thème à toutes les conversations et releva le crédit de « notre admirable police. »

Mais on ne monte pas deux fois, en cinquante ans, un bateau pareil aux populations. Que l'on vienne à connaître le fin mot de cette comédie, à savoir que Meyer-Gugenheim-Marcor n'a jamais existé que dans ma fertile imagination, que le récit des exploits de la « vaillante police » constantinoise n'est qu'une pure fable, et nous n'aurons plus qu'à disparaitre. Nous n'en sommes heureusement pas là ; la mèche ne sera pas éventée grâce aux précautions que j'ai prises, et, pendant vingt-quatre heures encore, vous passerez pour des détectives à peu près intelligents.

Mais je tremble en songeant à ce qui va se passer dès que messieurs les apaches, dont j'ai acheté l'oisiveté pendant une semaine, vont reprendre les hostilités. Vous serez, plus que jamais, roulés comme des chapeaux d'Auvergnat, et, bribe à bribe, votre prestige s'effritera sans laisser la moindre trace dans le souvenir de vos contemporains.

Messieurs, bien que je vous tienne pour des gens cérébralement finis, je vais encore une fois vous consulter avant de confier à Llinarès, revenu de la Guyane, le poste de directeur de la sécurité publique. Inspectez les replis de vos cervelles, faites appel aux dernières lueurs d'une intelligence obscurcie par l'abus de la manille aux enchères et soumettez-moi les projets les plus propres à hâter votre réhabilitation. J'ai dit... »

Ce discours, prononcé, d'une voix ferme, fut suivi d'un long silence. On vit les crânes des douze fonctionnaires réunis dans le cabinet gubernatorial se dilater sous l'effort immense auquel leurs méninges étaient soumises, et de grosses gouttes de sueur tacher les uniformes chamarrés. De temps à autre, un des personnages ouvrait la bouche comme pour parler, esquissait un geste pour commander l'attention, mais ses lèvres ne réussissaient qu'à exhaler un soupir et le bras à demi levé, retombait inerte le long du corps.

— Vous vous taisez, reprit la mordante voix du gouverneur général, vous vous taisez et vous faites bien, car vous ne pourriez dire que des sottises. Celui qui ne sait pas agir, lit-on dans l'évangile, ne sait pas non plus penser. .Mais je pense et j'agis pour vous. Demain arrivera à Alger, mandé par moi, le seul homme qui puisse sauver la situation et faire trembler les apaches ; j'ai nommé Sherlock-Holmes.

Le roi des policiers, voyageant dans le plus strict incognito, se faisait, douze heures après cet entretien, conduire dans le vaste local où avait été réuni le ban et l'arrière-ban de la police algéroise. L'homme du jour, promenant un regard dominateur sur l'auditoire, se présenta sans plus de façons :

— Garçons, c'est Moi Sherlock-Holmes, et vous êtes, sans doute, les cerveaux épais que votre gouverneur me charge de dégrossir. Que faut-il pour faire un bon policier ? Du flair, de la finesse, du toupet, de l'énergie, de la volonté, de l'observation, de la patience, de la décision, du sang-froid, de l'esprit de déduction, de la ruse, du coup d'œil, du jugement... pas davantage.

Je ne me fais pas fort de vous inculquer toutes ces qualités, car si vous les possédiez toutes, vous égaleriez Sherlock-Holmes, et c'est, je crois, impossible. Savez-vous seulement suivre une piste ? Ceci, c'est l'a. b. c. du métier. S'attacher au pas d'un malfaiteur, le deviner sous le « camouflage » le plus savant, noter minute par minute ses moindres gestes, conserver le contact malgré ses ruses, voilà ce que doit, avant toutes choses, pouvoir faire un détective. Trouvez-vous en ces lieux demain, à la même heure, et je vous donnerai votre première leçon de filage.

Vêtu d'une ample redingote, coiffé d'un vaste feutre, armé d'un respectable parapluie, Sherlock-Holmes passa, le lendemain, la revue des cent cinquante flics de la police algéroise, puis il leur dit:

— Garçons, je vais passer la porte que voici et gagner la rue. Dans trois secondes, vous prendrez ma piste et tâcherez de me rejoindre ; ce soir, nous nous retrouverons ici, et celui qui aura réussi à reconstituer ma journée sera un malin.

Il dit et, sans se presser, quitta la salle. Trois secondes s'écoulèrent, puis la meute fut découplée et la chasse commença. Elle dura de l'aube à la nuit, âpre, sans merci, mais, hélas, sans résultat.

Et, cependant, Sherlock-Holmes n'avait pas une minute disparu de la circulation. Mais les poches de sa houppelande contenaient vingt barbes ou perruques, mais la houppelande elle-même s'allongeait en lévite de curé, se retroussait en jaquette dernier cri, se muait en paletot, veston, habit, tandis que la physionomie du roi des policiers se transformait grâce aux miracles du maquillage instantané.

Les flics étaient sur les dents, ils allaient grognant de vagues appels à la madone et bouffant leurs moustaches courroucées. Parfois, un militaire, un marchand de beignets, un hiverneur, une vieille juive sollicitait de l'un d'eux un renseignement ou un secours. Mais le flic interpellé écartait l'imposteur et ne se doutait point qu'il venait d'être accosté par Sherlock Holmes en personne.

La tête basse, les limiers, quand le jour tomba, se retrouvèrent dans le loçal où Ieur maître les avait réunis. Sur leurs talons arriva l'homme du jour, calme et narquois.

— Garçons, dit-il, vous êtes encore plus ineptes que ce qu'en dit votre réputation. Aussi je ne veux même pas essayer de vous demander l'emploi complet de mon temps. Une seule question qui va, j'en suis certain, rester sans réponse, me permettra de vous confondre :

— Où étais-je entre quatre et cinq heures de l'après-midi ?

Et comme les flics consternés ne soufflaient mot, le roi des policiers avisa un laid sergot qui roulait um oeil stupide et l'interpella narquoisement .

— Eh bien, garçon, où étais-je à quatre heures de l'après-midi ?

Quelques voix s'élevèrent.

— Roi, n'interrogez pas celui-ci. C'est le plus idiot d'entre nous tous. De plus, il n'a pas quitté cette salle de la journée, car son imbécilité ne nous permet de l'utiliser que comme planton.

Mais l'idiot, l'abruti, entrant dans le cercle, se planta devant Sherlock Holmes, darda sur lui son œil terne, puis détachant d'une pichenette une fiente d'oiseau posée au bord du feutré qui coiffait l'illustre policier : - De quatre à cinq, ô Roi ! vous ne pouviez être qu'au square de la République.


F. Beuscher.







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