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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

Eclatante défaite de Sherlock Holmes

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Eclatante défaite de Sherlock Holmes (Eclatante défaite de Sherlock Holmes) is a French Sherlock Holmes pastiche written by George Auriol published in Le Pêle-Mêle (vol. 17 No. 20) on 14 may 1911.


Eclatante défaite de Sherlock Holmes

Eclatante défaite de Sherlock Holmes
(Le Pêle-Mêle, 14 may 1911, p. 2-3)


125.000 francs (je dis cent vingt-cinq mile francs) avaient été, post mortem, extirpés de la paillasse d'un vieux pauvre qui, durant de longues années avait, de sa barbe patriarcale, décoré le porche de Notre-Dame-de-Lorette, faisant pendant à une vieille sorcière parcheminée.

Celle-ci fut d'abord soupçonnée, mais à tort. Au bout de six semaines, son innocence éclata comme un pétard, et l'on découvrit que le véritable voleur était un cadavre hospitalisé depuis trois jours à la Morgue.

Bien entendu, ce cadavre avait fait le coup de son vivant. Sa farce accomplie, il s'était répandu dans les cabarets de nuit pour s'y livrer à la vie dite de patachon, puis, son dernier décime converti en un matinal petit pain de seigle — s'était jeté à l'eau.

Fit-il pas mieux que de se pendre ? C'est ce que je ne saurais décider. Quoi qu'il en soit, on était moralement sûr de la culpabilité de ce macchabée. Malheureusement, pour l'établir, d'une façon péremptoire, un document manquait dont on connaissait l'existence, mais qu'on ne pouvait dénicher.

C'est alors qu'on eut recours au subtil et imbattable Sherlock Holmes, — car la justice met parfois autant de zèle à ternir la mémoire d'un défunt qu'à coffrer un vivant. L'important, c'est qu'elle ne demeure pas bredouille.

Tout imbu d'entente cordiale, l'éminent Sherlock s'amena de fort bonne grâce, et il ne fut pas long à découvrir qu'une demoiselle déjà sur l'âge et précédemment domiciliée rue des Martyrs, avait soudainement émigré sur le Monparnasse sans motif plausible.

Cette demoiselle brocantait vaguement ; elle avait, à l'Exposition de 89, tenu un bar dont l'homme de la Morgue s'était montré l'assidu pilier. De plus, elle avait acheté — cela, la mendiante desséchée l'affirmait — elle avait acheté, dis-je, au patriarche économe, un cachet d'onyx par lui trouvé sur les marches du temple et indélicatement empoché.

Or, qu'il lui eût été vendu ou donné, ce cachet, voyez la rencontre ! figurait justement avec trois cure-dents périmés dans le propre gousset du noyé. C'était un bibelot de valeur médiocre, mais il portait une devise: « Je brûle ! » laquelle, sous une apparence évasive, s'appropriait admirablement aux circonstances. Outre qu'elle avait indubitablement encouragé le voleur, quand, dans le réduit de sa victime, il avait jeté les yeux sur la paillasse coffre-fort, — maintenant, elle signifiait au roi des détectives que, selon son habitude, il était sur la bonne piste.

Incontinent, il loua un appartement contigu à celui de l'émigrée et se mit à la surveiller attentivement par les fentes des portes, les trous de serrure et divers petits orifices par lui pratiqués à l'aide d'une vrille. Il constata ainsi qu'elle se nourrissait presque exclusivement de soupe à l'oignon et ceci l'enchanta, car il avait observé que ce genre de potage est fort en honneur chez les personnes qui ont quelque chose sur la conscience.

Allons ! tout marchait bien. Il y aurait du nouveau sous peu. Effectivement, un matin, comme il se rasait, il vit la demoiselle manipuler clandestinement un papier qui n'était autre que le document volé.

Sherlock alors alluma joyeusement sa pipe en se regardant dans la glace. Et, comme il n'est pas dépourvu d'humour : « Mon cher Gémier, dit-il en s'adressant à son image réfléchie par le miroir, je suis content de vous. Vous avez bien joué ! »

Sûr désormais que la précieuse paperasse ne lui échapperait pas, il fit prévenir le juge d'instruction par la concierge, et deux heures plus tard, muni d'un mandat de perquisition et flanqué de deux assesseurs, il investissait le logement de la mystérieuse vieille fille.

Celle-ci ne se montra nullement surprise. On eût dit qu'elle l'attendait. En bon déducteur, Holmes en inféra que c'était une merveilleuse simulatrice, — mais comme il est feld maréchal dans l'armée de « ceux à qui on ne la fait pas » — il se mit sans plus tarder à la besogne.

Après lui avoir fourni un marchepied, des tenailles et autres objets sans lesquels une perquisition ne saurait être menée à bien, la petite vieille lui demanda en souriant la permission de préparer son déjeuner. Et bientôt une délicieuse odeur d'oignes dorées, se répandit comme un encens sous le nez des investigateurs.

Tout le logement fut fouillé, inspecté, retourné. Les tapis furent soulevés, les armoires déplacées, les tableaux décrochés, les placards vidés. Sans crainte de déchoir, ces messieurs se couvrirent de poussière dans le cabinet noir, et pénétrèrent aussi dans cet antre moins obscur qui se targue d'un W.-C. On mit à nu les entrailles sonores d'un vieil Ehrard, et même on ouvrit le ventre à une innocente livre de beurre encore revêtue de sa chemise paraffinée.

Mais tout cela pour néant. On ne découvrit absolument rien.

Il vint alors à l'idée de Sherlock que l'astucieuse petite « bric-à-brac », pouvait cacher le document sur elle. Il lui demanda si une promenade en auto lui serait désagréable, et sur sa réponse négative, il l'expédia au dépôt où des dames inspectrices et sûres la fouillèrent à son tour de fond en comble. Elle sortit victorieuse de cette épreuve et revint au bout d'une heure, plus sereine et plus tranquille que jamais.

Sherlock, sous son apparente impassibilité, écumait. « Etre roulé par une vieille femme ! » cela ne pouvait s'installer dans son entendement.

Ses collaborateurs congédiés, rageusement, il recommença donc seul à fureter.

Cependant, le soir vint, la nuit tomba...

Sherlock, persistant à ne point se reconnaître battu, la bonne femme, la bonne femme, très obligeamment, lui prêta une bougie afin qu'il pût continuer ses recherches.

Mais tout a une fin, même la persévérance du rat qui se fraie une voie vers un fromage. A bout de forces, Sherlock, sur la pointe de dix heures, abandonna la partie.

- Puisque je ne puis mettre la main sur ce damné document, dit-il à la recéleuse, je vous l'achète. Combien vous en offre-t-on ?

- Cinq cents francs.

- Je vous en donne mille, et, sur la Bible, je vous jure que vous ne serez pas inquiétée.

- Marché conclu ! répondit la commère, qui savait l'inviolabilité d'un tel serment.

Sherlock, aussitôt, tira de son portefeuille les mille balles en question :

- Vite ! dit-il, j'ai hâte de savoir où vous avez caché cette pièce...

- Pas bien loin, fit la vieille. A cet instant même vous brûlez, et si vous voulez que je vous le dise, vous l'avez tenue en mains !

Et, comme l'imperturbable Sherlock se montrait tout interdit, la vieille fille prit sur une table le bougeoir qu'il y avait déposé un instant auparavant. Il s'apprêtait à la suivre, croyant qu'elle allait le conduire en quelque recoin ignoré, mais elle n'en fit rien. Elle lui montra simplement, plié en quatre, un papier qui assujettissait la bougie dans la gorge trop large de l'ustensile.

C'était le document cherché.

- By jove ! cria Sherlock, chez qui l'amour-propre n'exclut pas l'admiration, c'est rudement bien joué ! Bravo ! En souvenir de ceci, je veux garder le bougeoir. Combien en demandez-vous ?

- Ça, dit la petite femme, c'est une autre affaire ! Ce bougeoir est historique. Il a servi à Marie-Antoinette alors qu'elle était prisonnière au Temple, et j'aimerais mieux mourir que de le donner à moins de 50 louis.

- Les voici, dit Sherlock, et il s'en alla avec son bibelot — car, à vrai dire, il avait une faim de loup.

Or, ce bougeoir était un humble chandelier à peine Louis-Philippe, dont la valeur n'excédait pas 3 fr. 75.

Et c'est ainsi que Sherlock fut doublement roulé en France par une méchante revendeuse — lui qui n'a jamais connu la défaite de l'autre côté du détroit ?


George Auriol.





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