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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

Une curieuse disparition

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

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Une curieuse disparition (A Curious Disappearance) is a sherlockian pastiche written by the famous French writer Tristan Bernard published in 1909 in the collected volume of his short stories: Les Veillées du chauffeur.



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Une curieuse disparition

On a dit que Sherlock Holmes, le fameux d√©tective anglais, avait quitt√© ce monde. Puis on a su qu'il √©tait ressuscit√©. Puis il a disparu √† nouveau : La v√©rit√© est qu'il vit toujours. Il habitait m√™me la France dans ces derniers temps ; il a pass√© quelques semaines √† Trouville. Et, pour tout dire, j'ai eu l'occasion de le voir l'autre semaine, pr√©cis√©ment au moment o√Ļ il √©tait en train d'√©lucider un de ces myst√©rieux probl√®mes qui l'ont toujours passionn√©.

Je m'√©tais procur√© son adresse, et j'√©tais venu lui rendre visite dans le petit appartement meubl√© qu'il occupait, √† deux pas de la rue des Bains. J'√©tais tr√®s √©mu √† l'id√©e d'approcher cet homme extraordinaire... Je craignis tout √† coup, en frappant √† sa porte, qu'il ne me f√ģt pas la grande impression que j'avais si longtemps attendue... Mais je ne fus pas d√©√ßu.

Je le retrouvais encore plus saisissant d'aspect que je n'aurais cru. Il doit avoir pr√®s de soixante ans √† l'heure actuelle, mais on ne saurait dire si ce gentleman, long et maigre, est un jeune homme ou un vieillard. Son regard est d'une p√©n√©tration irr√©sistible. √† peine eus-je pris un si√®ge, qu'il me dit :

- Vous √™tes venu en auto, √† ce que je vois, et vous avez laiss√© votre voiture sur la Grande-Place, pr√®s de la jet√©e. C'est une limousine. Vous avez maintenu ouverte la glace de devant. Vous n'√©tiez pas assis sur le si√®ge. Il n'y avait personne √† c√īt√© du m√©canicien. Et vous vous trouviez sur le strapontin de gauche, √† l'int√©rieur de la voiture.

Sherlock Holmes était en pantoufles et en robe de chambre. Il n'était pas sorti depuis longtemps, et n'avait certes pu me voir dans la rue...

- Si l'averse qui est tomb√©e il y a cinq minutes √©tait arriv√©e plus t√īt, vous n'auriez pas, ajouta-t-il, re√ßu tant de poussi√®re sur la route de Cabourg.

Comment savait-il que nous arrivions par la route de Cabourg ?

Mais il daigna m'expliquer qu'il avait fait des √©tudes tr√®s minutieuses sur la poussi√®re, et que celle qui couvrait ma jaquette par devant l'avait suffisamment renseign√©. Si je fusse venu dans une automobile d√©couverte, j'eusse √©t√© poudr√© d'une autre fa√ßon. Ce n'√©tait pas non plus ainsi que se salissaient les personnes qui voyageaient en fiacre et en omnibus. Je n'avais absolument rien sur les jambes ; aussi Sherlock Holmes s'√©tait-il dit que j'√©tais dans l'int√©rieur de la voiture. Et la poussi√®re descendant assez bas sur ma poitrine, il en avait conclu que je n'√©tais pas prot√©g√© par le m√©canicien je n'√©tais donc pas plac√© derri√®re lui, et il n'y avait personne devant moi : donc le si√®ge, √† c√īt√© du m√©canicien, √©tait vide. Comme le vent soufflait de l'Est, il s'√©tait dit que j'arrivais de l'Ouest (par cons√©quent de Cabourg) ; autrement je n'aurais pas eu tant de poussi√®re sur la barbe et sur mon paletot.

- Mais j'aurais pu, lui dis-je, √™tre assis √† c√īt√© du m√©canicien, avec une couverture sur les jambes ?

- Non, me dit-il, car alors il y aurait une ligne de démarcation très nette entre la partie empoussiérée de votre jaquette et la partie que protégeait la couverture.

Il me dit encore qu'il avait remarqu√© quelques mouchetures de boue sur mes bottines propres : ce qui lui avait montr√© que j'avais fait un petit trajet √† pied dans les rues, que la pluie venait de mouiller.

J'√©tais √† peine revenu de ma stup√©faction, que Sherlock Holmes me prit par un bras, et me fit entrer dans une chambre voisine, en me soufflant √† l'oreille :

- √Čcoutez ce que va nous dire cet homme. Je me trouvai en pr√©sence d'un m√©canicien v√™tu d'un joli v√™tement marron √† brandebourgs. C'√©tait un gaillard de forte taille, mais qui n'en menait pas large, comme on dit. Ses l√®vres tremblaient et son regard √©tait tout vacillant.

- Répétez devant monsieur, lui dit Sherlock Holmes, ce que vous m'avez dit tout à l'heure...

Le m√©canicien nous fit alors le r√©cit d'une aventure bizarre, et bien faite pour intriguer le c√©l√®bre policier anglais :

- Je suis donc parti ce matin m√™me de Paris avec mes patrons, M. Gondebaut, le banquier de la rue Ch√Ęteaudun. M. Gondebaut √©tait accompagn√© de sa femme, une jolie brune de trente-cinq, trente-six ans... Le patron, lui, a quarante-six ans. Monsieur et Madame s'entendent bien, je peux pas dire le contraire. Par-ci, par-l√†, une petite dispute de rien du tout. Mais c'est en somme un beau m√©nage. Ils n'ont pas d'enfants. Et ils s'aiment bien ; presque tout le temps en partie fine et en promenade. Il y a deux mois qu'ils ont achet√© notre auto, une vingt-quatre chevaux ; mais, rapport aux affaires de monsieur, on n'√©tait gu√®re sorti des environs de Paris.

¬ę Voil√† donc que monsieur, hier soir, en rentrant du bois, dit comme √ßa √† madame : Fanny, qu'il lui dit, sais-tu ce qu'on devrait faire ? On partirait demain pour Trouville. Puisque j'ai mes vacances en septembre, on verrait sur la c√īte si des fois il y a quelque chose √† louer. ¬Ľ

¬ę On me dit √ßa vers onze heures, en demandant que la voiture elle soye pr√™te pour le lendemain, qui √©tait donc ce matin huit heures. Je rentre donque au garage. Je sange le pneu arri√®re de droite, qu'√©tait un peu trop usag√©, je remplace la courroie de mon ventilateur qui se trouvait un peu vieille. Et le lendemain, √† sept heures trois quarts recta, j'√©tais devant la maison. On ne s'en va qu'a huit heures et demie, madame, comme toutes les dames, ne se trouvant pas pr√™te. Enfin on arrive √† Saint-Germain vers les neuf heures un quart. Je commence √† m'appuyer la route de Quarante-Sous. Presque personne. Le moteur marchait bien. Moi, quand le moteur marche bien, c'est un plaisir. Mais √† peine que nous marchions cinq minutes que voil√† les mis√®res qui commencent. Mon pneu neuf est crev√©. Je le remplace avec un pneu de rechange. Mon autre pneu arri√®re, un antid√©rapant, √©clate un quart d'heure apr√®s. Bref, au lieu de d√©jeuner √† Evreux, on mange √† Bonni√®res. Moi, je regarde ma voiture, mais de rage je ne mange pas. Je prends un m√©chant sandevich que madame a la bont√© de m'envoyer. Enfin, les voil√† qui reviennent de d√©jeuner. "Mettez en marche, que me crie monsieur, nous venons." Je mets en marche et je m'installe sur le si√®ge. Monsieur et madame arrivent √† la voiture, ouvrent la porte. Moi j'√©tais impatient de m'en aller pour rattraper le temps perdu. √† peine la porte referm√©e, je repars et j'ai la grande satisfaction que le moteur marche et tape comme un ange. J'avais peur que monsieur et madame fassent une station √† √©vreux et √† Lisieux. Mais ils ne me disent rien pendant la travers√©e de la ville. J'arrive donc tout d'une traite √† Trouville, dans la rue de Paris. L√†, je m'arr√™te, et j'attends que le patron descende. √† la fin, je me retourne, et jugez, messieurs, de ma stup√©faction : personne dans la voiture !...

Le mécanicien se tut et nous regarda tour à tour.

- Votre voiture est devant la porte ? demanda Sherlock Holmes. Et, sur un signe affirmatif du m√©canicien, nous descend√ģmes dans la rue. L√†, le d√©tective mesura soigneusement la largeur des fen√™tres et des baies. Il palpa, scruta et flaira pendant longtemps les coussins et les tapis. Puis il posa plusieurs questions au m√©canicien sur le genre de vie, sur les fr√©quentations, sur le caract√®re de M. et Mme Gondebaut.

Enfin, nous nous f√ģmes conduire au bureau t√©l√©phonique. C'√©tait la fin de la journ√©e, et nous obt√ģnmes assez vite la communication avec Banni√®res et avec l'h√ītel o√Ļ avaient d√©jeun√© M. et Mme Gondebaut.

Je tenais un des r√©cepteurs. D√®s que Sherlock Holmes se mit √† d√©crire les patrons du m√©canicien, l'h√ītelier s'√©cria :

- Mais ils sont encore ici. Ils attendent leur m√©canicien qui a disparu tout √† coup ! Apr√®s le d√©jeuner, M. Gondebaut et sa femme se sont pr√©par√©s √† remonter en voiture. Ils avaient ouvert la porti√®re, quand Mme Gondebaut se rappela qu'elle avait oubli√© deux paniers de fruits qu'ils avaient achet√©s. Ils rentr√®rent dans la maison pour les chercher...

- Apr√®s avoir referm√© la porte de la voiture ? demanda Sherlock Holmes.

- C'est possible, dit l'h√ītelier. Toujours est-il que quand ils sont revenus, ils n'ont plus trouv√© ni m√©canicien ni auto.

- Eh bien ! vous leur direz que leur m√©canicien est √† Trouville. Demandez-leur s'ils vont venir le rejoindre, ou s'il doit aller les chercher...

Et pendant que l'h√ītelier allait faire la commission :

- C'est un mécanicien modèle, me dit Sherlock Holmes, en me montrant ce brave conducteur. Quand il est au volant, il ne pense qu'à bien diriger sa machine, et ne se retourne jamais.


Tristan Bernard





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