Les fameux documents franco-belges étaient des faux

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

Les fameux documents franco-belges étaient des faux (The famous Franco-Belgian documents were forgeries) is an article published in the French newspaper L'Ouest-Eclair on 4 march 1929.


Article

L'Ouest-Eclair (4 march 1929, p. 1)

Leur auteur, un escroc de belle envergure, arrêté à Bruxelles, avoue les avoir fabriqués de toutes pièces

Nous avons annoncé hier, en dernière heure de la plupart de nos éditions, l'arrestation d'un certain Albert Frank Heine, auteur du faux traité franco-belge qui émut pendant plusieurs jours l'opinion publique hollandaise. Voici quelques détails à ce sujet :

Frank Heine fut arrêté dans la nuit du 3 mars, à minuit 35, à Bruxelles, alors qu'il descendait du rapide d'Amsterdam. Sa femme, qui l'attendait sur le quai, fut également arrêtée.

BRUXELLES, 3 mars. — Après son arrestation cette nuit, Frank a été interrogé jusqu'à 6 heures du matin à la brigade judiciaire du Parquet de Bruxelles. On a trouvé sur lui. une copie semblable à celle du faux document qui avait été publié à Utrecht. Frank a avoué que le faux publié par le journal hollandais était un démarquage grossier d'un ancien traité franco-russe qui a été rendu public par les Soviets.

Frank a imité les cachets français en employant des pièces de 25 centimes en nickel. Il a, en outre, déclaré qu'il avait présenté le traité au bureau d'espionnage allemand à Mulheim, mais que celui-ci avait émis des doutes quant à l'authencité du document et l'avait refusé.

Frank s'est alors abouché avec des éléments activistes. C'est Waard Herremans, rédacteur au Schelde, qui a servi d'intermédiaire pour vendre le document à Utrecht.

Des ordres ont été donnés pour que Waard Herremans soit amené au Parquet de Bruxelles. Mais, à midi, la police n'était pas encore parvenue à l'arrêter.

« Je ne crois pas avoir cominis un grand crime, a déclaré Frank Heine: je n'ai vendu ni la France ni la Belgique. J'ai simplement roulé mon acheteur et ceci n'est, en somme, qu'une banale escroquerie. »

La carrière du faussaire

Frank Heine a eu une carrière mouvementée. Né en 1896, d'un Hollandais et d'une Allemande, il était devenu Belge par option. Il s'engagea néanmoins dans la marine allemande en 1914. Il déserta à Buenos-Aires, puis rentra en Angleterre. Expulsé de ce pays, on le retrouve sergent dans l'armée belge. Démasqué et arrêté en France, il regagne l'Angleterre d'où u est expulsé pour la deuxième fois en octobre 1918.

Immédiatement après l'armistice, il s'installe en Belgique. On le trouve à Bruges au début de 1919. Il est surveillant dans une institution religieuse. Il en est chassé bientôt. I passe à Louvain comme bibliothécaire chez les jésuites; mais de nombreux livres de grande valeur disparaissent. Il est pris en flagrant délit de vol; il doit signer l'aveu de ses méfaits et on le chasse.

On le retrouve peu après à Anvers Il parvient à obtenir une place d'employé à la bibliothèque du palais de justice. De nouveaux vols de ivres sont constatés et il est renvoyé.

Le voilà maintenant à Paris où l'on possède sa fiche à l'anthropométrie. Il est condamné le 28 décembre 1919 pour faux, usage de faux, escroquerie, vol et port illégal de décoration. A Paris encore, le 22 avril 1920, il est condamné pour vol et escroquerie. Au mois de mai de la même année, il est condamné pour les mêmes faits encore à trois mois d'emprisonnement.

Ses différentes peines expirées, il entre au journal Neptune d'Anvers, où il capte les bonnes grâces d'un général, mort récemment, et c'est chez celui-ci qu'il parviendra à subtiliser les papiers à en-tête du ministère de la défense nationale qui lui permettront plus tard de fabriquer les faux d'Utrecht.

Il se fait renvoyer du journal Neptune pour des raisons qui ne sont pas à son avantage. Il crée alors deux pamphlets hebdomadaires, A coups de plume et les Nouveaux jours, où il s'attache surtout à démontrer l'innocence de l'Allemagne dans la guerre. Il s'insinue ainsi dans les bonnes grâces de l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles à qui il faisait de fréquentes visites et on a des raisons de croire que le centre d'espionnage allemand lui demanda de se procurer a n'importe quel prix le texte du traité franco-belge.

Ne pouvant y parvenir, et pour cause, il le fabrique de toutes pièces avec ses annexes, imitant les signatures du général français Debeney, chef d'état-major, et du ministre belge de la défense nationale, M. de Broqueville.

Un faux grossier

Ce matin, M. van Laethen, juge d'instruction, chargé de l'affaire a interrogé des témoins. Il fera subir prochainement à Frank un nouvel interrogatoire. L'agence Belga souligne qu'il est à remarquer que le document publié à Utrecht est un faux grossier qui devait sauter aux yeux de quiconque un tant soi peu averti.