Conan Doyle Détective

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

Conan Doyle Détective (Conan Doyle Detective) is a French article written by F. Estèbe published in the 1940 issue of the Almanach Vermot from 12 to 15 april.

The article is about the George Edalji case, mispelled "Edelji".


Conan Doyle Détective

Almanach Vermot (12 april 1940)
Almanach Vermot (13-14 april 1940)
Almanach Vermot (15 april 1940)

Personne n'ignore que les aventures de Sherlock Holmes sont purement fictives et dues à l'imagination féconde de Conan Doyle, lequel, avant de devenir romancier, était médecin militaire.

Une fois, une seule, Conan Doyle se substitua à son héros et s'improvisa détective.

Son aventure vécue est peu connue. C'est d'ailleurs pourquoi elle mérite d'être rapportée.

Les événements se déroulèrent dans une paisible bourgade du Surrey.

Un jour, les habitants de cette localité reçurent des lettres anonymes. Elles diffamaient diverses personnes mais plus particulièrement le révérend Edelji, le vénérable pasteur de l'endroit.

A dater de ce moment les abominables lettres continuèrent à affluer. Elles ne se contentèrent pas de calomnier : elles menacèrent.

Ces menaces ne restèrent pas vaines car en plusieurs endroits des incendies mystérieux se déclarèrent, brûlant des meules de blé, des récoltes engrangées et, parfois aussi, des animaux que l'on n'avait pas eu le temps de sortir de leurs étables.

Alertée, la police ouvrit une enquête. Tout d'abord elle demeura sans résultat jusqu'au jour où une nouvelle lettre, toujours anonyme, conseilla aux détectives de concentrer leurs recherches du côté de George Edelji, le propre fils du pasteur.

Les policiers relevèrent contre lui quelques présomptions et procédèrent à son arrestation.

À la vérité, les charges établies contre lui étaient fort minces et pouvaient ne constituer que de simples coïncidences. Malheureusement, dès que le jeune homme fut incarcéré les lettres anonymes cessèrent d'arriver, ce qui, aux yeux de la justice, parut constituer une charge écrasante contre le coupable présumé.

George Edelji comparut devant le jury et fut condamné à sept années de hard labour.

Après quatre années de détention, grâce aux démarches de quelques amis de son père, grâce aussi à son irréprochable conduite, le fils du pasteur fut remis en liberté.

Mais la mesure de clémence dont il était l'objet ne rendait pas l'honneur à George Edelji qui se savait innocent, Ce qu'il voulait, c'était une réhabilitation totale, éclatante. A cette tâche il s'était promis de consacrer toute sa vie.

Rendu à la liberté, il constata immédiatement que l'intention formelle d'atteindre un but est insuffisante si l’on n'en a pas les moyens.

Pour reprendre l'enquête, un indice, un point de départ étaient nécessaires. L'ex-condamné n'entrevoyait aucune lueur lui permettant d'orienter ses recherches.

Un jour qu'il cédait à un profond découragement, il se souvint d'avoir lu dans sa cellule les exploits de Sherlock Holmes. Ce souvenir l'incita à aller exposer son cas à Conan Doyle.

Le célèbre romancier accueillit le malheureux avec bienveillance mais, après l’avoir écouté, lui répondit que, s'il écrivait des romans policiers, il ne les « vivait » pas et que, par conséquent, il ne pouvait rien pour qui.

Le dernier espoir de George Edelji s'envolait. Il éclata en sanglots.

Alors, ému, le père de Sherlock Holmes, qui était dans toute l'acception du terme ce que l'on à convenu d'appeler un brave homme, lui dit doucement :

— Allons, mon ami, ne vous désolez pas ainsi. Apportez-moi le dossier complet de votre affaire. Je le lirai attentivement et j'examinerai s'il ne recèle pas d'indications pouvant servir utilement votre cause.

Après avoir pris connaissance du dossier, Conan Doyle établit les déductions suivantes :

Les actes criminels avaient été certainement commis par un maniaque, un demi-fou. Or George Edelji avait toujours fait preuve d'une sagesse, d'un équilibre mental remarquables.

Ces mêmes actes criminels avaient été perpétrés la nuit dans l'obscurité, avec le maximum de rapidité. Or George Edelji était terriblement myope, portait d'énormes verres grossissants, ce qui, logiquement, l'obligeait à agir avec lenteur.

Quels étaient les mobiles de ces actes et des lettres anonymes ? Sans aucun doute la vengeance, car tout démontrait que les manœuvres du mystérieux inconnu tendaient à mettre en cause la famille du pasteur.

Ici commençait à apparaitre le fameux bout du fil d'Ariane : qui avait, ou pouvait, avoir une vengeance à exercer contre le pasteur ?

Conan Doyle se rendit dans le Surrey, questionna, réclama des précisions et finit par savoir qu'avant arrivée des premières épitres anonymes le pasteur avait congédié une servante qui se permettait de tenir sur ses ouailles des propos inadmissibles.

Habilement « cuisinée », elle avoua. C'était elle la coupable.

Quelques mois après, George Edelji était réhabilité.

Mais, dans ses récits, le fidèle compagnon de Sherlock Holmes, le docteur Watson, n'a jamais rapporté l'éclatant succès de cette enquête.


F. Estèbe.